Du noir et blanc à la couleur

Publié le 21 juillet 2012

Par Xavier Perrin (xperrin@xp-consulting.fr)
La démarche Six-Sigma a adopté le principe des ceintures de couleur des arts martiaux japonais pour distinguer le niveau de maîtrise et de connaissance des personnes chargées de déployer la méthode et les outils. Plus récemment, la démarche lean a été associée à la démarche Six-Sigma et a elle aussi adopté cette pratique. Mais d’où vient ce système de ceintures de couleur ? Pourquoi a-t-il été créé ?
C’est ce que je vous propose de découvrir.
Ma première ceinture noire fut mon premier Dan de Judo que j’ai obtenu en 1978… soit 32 ans avant que j’obtienne ma black belt lean ! A cette époque et pendant les quelques 7 années qui ont suivi j’enseignais le judo dans mon club à Dijon. J’étais passionné par l’histoire de ce sport et des arts martiaux en général. C’est à cette époque aussi que j’ai appris de mon Sensei (voir l’article du même nom sur ce blog) la vraie histoire des ceintures de couleur. Contrairement à ce qu’on peut imaginer, le système des ceintures de couleur n’est pas né au Japon, le pays d’origine de la plupart des arts martiaux, en tous les cas de ceux dont le nom se termine par « do », la voie. C’est un système purement occidental né en Angleterre dans les années 30 ! En effet, le système de progression des pratiquants d’arts martiaux japonais est constitué des kyu et des dan, qui signifient tous les deux degré, échelle, échelon ou encore marche (comme les marches d’un escalier). Les dan sont accordés aux pratiquants qui maîtrisent l’ensemble des techniques de base. Ainsi, lorsqu’on obtient le 1er dan, on peut considérer qu’on maîtrise les bases. Les kyu sont les échelons des débutants. On commence 6ème kyu et on progresse ainsi jusqu’au 1er kyu, dernier échelon avant les dan.
Au fur et à mesure de la progression, on « monte » les dan. Mon maître Guy Pelletier disait toujours « de 6ème kyu à 1er kyu, on apprend. A partir de 1er dan, on pratique. A partir de 4ème dan  on commence à comprendre le judo ». Pour ma part, je me suis arrêté au 2ème dan ! A partir de 6ème dan, on commence à être considéré comme un maître. Guy Pelletier, au moment de son décès l’an dernier à 91 ans, avait atteint le grade de 9ème dan. Le plus haut grade attribué en judo est 10ème dan. Il en existe actuellement une dizaine dans le monde, qui pratiquent encore le judo malgré leur âge avancé.
Traditionnellement, on distinguait au Japon les élèves débutants des autres élèves par la couleur de la ceinture de leur kimono : blanche pour les débutants (kyu) et noire pour ceux qui maîtrisent les techniques (dan). La plupart des écoles d’aïkido adoptent encore cette pratique.
La progression des kyu vers les dan est longue et difficile. Elle prend plusieurs années. Les premiers pratiquants anglais des années 30, élèves de maître Gunji Koizumi, étaient frustrés par la longueur de cet apprentissage. En effet, rien ne distinguait le 6ème kyu d’un « vrai » débutant du 1er kyu d’un débutant en passe de devenir premier dan, alors que de nombreuses années de pratique les séparaient. C’est alors qu’ils eurent l’idée de distinguer les différents kyu par la couleur de la ceinture. La ceinture blanche restait la ceinture du « vrai » débutant (6ème kyu). L’échelon suivant, 5ème kyu, était distingué par une ceinture jaune. Venaient ensuite les ceintures orange (4ème kyu), verte (3ème kyu), bleue (2ème kyu) et marron (1er kyu).
Un des élèves de maître Gunji Koizumi en Angleterre était le japonais Mikinosuke Kawaishi. M. Kawaishi vînt s’installer en France en 1935. Il créa le club franco-japonais à Paris en 1936, premier club de judo français. Or, il s’est rapidement rendu compte que les français avaient la même impatience que les pratiquants anglais. Il a alors introduit le système des ceintures de couleur imaginé par les anglais. Plus tard, lorsque la fédération française de Judo a été créée, elle a officialisé ce principe, qui fut encore plus tard adopté par la fédération internationale.  D’autres fédérations comme la fédération de karaté et certaines écoles d’aïkido ont aussi adopté cette pratique… jusqu’à ce qu’elle le soit aussi par les pionniers de l’approche Six Sigma !
Néanmoins, les arts martiaux les plus traditionnels, comme les anciennes écoles d’aïkido, le kendo (voie du sabre), le kyudo (voie de l’arc) ou encore le ïaido (art de dégainer le sabre) ont conservé le « noir et blanc » : la patience et la persévérance font partie de l’essence de ces pratiques !
Il semble cependant que l’avidité de reconnaissance de nos egos n’épargne pas la sagesse des maîtres ! Eux aussi ont considéré qu’ils devaient pouvoir être distingués des autres ceintures noires. C’est ainsi que, pour les arts martiaux ayant adopté la couleur, les 6ème et 7ème dan portent une ceinture rayée blanche et rouge, alors que les grands maîtres ayant atteint le grade de 8ème dan arborent une ceinture rouge…
Il est toujours vertueux de connaître l’origine de ce qu’on enseigne !

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